
Il ne semblait pas bien s’entendre avec la solitude.
Mais moi, c’est quand j’étais seul que j’étais le plus moi-même.
Les gens avaient des définitions de moi. Ils plaçaient les plus beaux adjectifs devant mon nom. Mais tout ce qu’on met devant le vide n’a aucun poids. Ce que l’on n’attendait pas de moi—c’était cela que j’étais.
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Parfois, un être humain se découvre surtout là où personne ne regarde.
Dans la foule, chacun abandonne une partie de soi.
Certains s’en rendent compte, d’autres essaient de marcher sans toucher les fissures entre les pierres.
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Je ne pouvais jamais le reconnaître dans une foule.
Seul, il était une personne ; parmi les autres, quelqu’un de complètement différent.
Ce n’était pas simplement une question d’adaptation.
C’était comme s’il existait deux états séparés, sans aucun lien entre eux.
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Essayer de comprendre une telle personne revient à vouloir compléter ce qui manque.
Ce qui est dit ne suffit jamais.
On commence à poursuivre ce qui n’a pas été dit.
Et puis on réalise que l’on n’essaie plus de comprendre la personne en face de soi,
mais la possibilité qu’elle pourrait contenir.
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Sans s’en rendre compte, on change de place ici.
D’abord on regarde de l’extérieur,
puis on entre dans le sens même des choses.
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Avec le temps, la personne ne change pas vraiment.
Mais l’espace qu’on lui accorde grandit.
Et plus cet espace grandit,
plus celui qu’on se laisse à soi-même se rétrécit.
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À un moment donné, il ne s’agit plus d’elle.
Pas de ce qu’elle est,
mais de la façon dont on s’est soi-même remodelé autour d’elle.
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Elle paraît entière.
Et l’on accepte de devenir un fragment en elle.
Mais cet abandon passe inaperçu.
Parce qu’il est lent.
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On ne perd pas certaines choses d’un seul coup.
On lâche prise petit à petit.
Sans s’en rendre compte.
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Puis un jour, on voit :
Ce qu’on croyait comprendre est toujours là,
mais soi-même, on n’est plus le même.
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Et on ne le remarque pas immédiatement.
Il n’y a pas de rupture.
Rien ne se brise.
Rien ne s’arrête de manière dramatique.
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Seulement, certaines choses ne fonctionnent plus comme avant.
Elles restent au même endroit,
mais ne peuvent plus s’y tenir de la même façon.
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Ce qui venait autrefois naturellement
demande désormais un effort.
On veut parler mais on ne parle pas.
On veut demander mais on remet à plus tard.
On attend là où la clarté pourrait exister.
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Au début, on appelle cela de la patience.
Puis de la compréhension.
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Mais ce n’est pas cela.
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Peu à peu, on comprend :
ce qui a été construit là n’a plus rien à voir avec l’autre.
C’est devenu quelque chose qu’on a fait grandir en soi-même.
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Et plus cela grandit,
plus l’autre ne diminue pas.
Mais la réalité devient insuffisante.
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Et l’on reste là, dans un endroit étrange.
Ni capable de revenir à ce qu’on voyait,
ni capable de poursuivre ce qu’on a construit.
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Car l’un est réel mais incomplet.
L’autre est complet mais n’existe pas.
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Souvent, on choisit de rester là.
Non parce qu’on ne peut pas partir,
ni parce qu’on y est forcé.
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Mais parce que rester est plus familier.
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Puis le temps passe.
Et le temps ne résout rien.
Il approfondit seulement les habitudes.
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On continue de regarder le même endroit.
Ce que l’on voit ne change pas.
Mais le regard change.
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Après un moment, on comprend ceci :
ce qu’on attendait là-bas
n’était plus l’autre personne.
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C’était le moment de son retour.
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Et ce moment ne vient jamais.
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Car on ne perd pas toujours les choses.
Parfois, on les déplace simplement.
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On laisse ce qui nous appartient
dans un endroit où l’on ne peut plus revenir.
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Et finalement, on accepte ceci :
Ni ce qu’on attendait n’était incomplet,
ni ce qui existait n’était insuffisant.
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Ce qui manquait
était que l’endroit où l’on voulait revenir
ne nous appartenait plus.
L'écriture est ma façon de me comprendre et de comprendre le monde. À travers des essais et des réflexions, j'explore l'identité, la langue et la transformation — ces petits moments qui nous façonnent.
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